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16 octobre 2017

La légende des Akakuchiba [Kazuki Sakuraba]

L'auteur : Kazuki Sakuraba, née en 1971, est une auteur connue pour sa série de light novels Gosick mais aussi de romans classiques.

L'histoire : Lorsqu'une fillette est retrouvée abandonnée dans la petite ville japonaise de Benimidori en cet été 1953, les villageois sont loin de s'imaginer qu'elle intégrera un jour l'illustre clan Akakuchiba et règnera en matriarche sur cette dynastie d'industriels de l'acier. C'est sa petite-fille, Toko, qui entreprend bien plus tard de narrer le destin hors du commun de sa famille. L'histoire de sa grand-mère, femme dotée d'étonnants dons de voyance, et celle de sa propre mère, chef d'un gang de motards devenus une célèbre mangaka.

Mon avis : Difficile de donner mon avis sur cette lecture ! Car s'il y a indubitablement du bon, j'ai mis facilement un tiers pour entrer pleinement dans l'histoire. Il faut dire que la pudeur japonaise pour dire les choses, mettant les émotions souvent à distance, n'aide pas forcément. C'est plus à la lecture de la mère de la narratrice, chef de gang qui finit par s'assagir qui m'a raccrochée.

L'écriture est pleine de modernité, ce qui produit au début un décalage mais n'est pas anachronique puisque c'est bien Toko, la petite fille vivant à notre époque, qui raconte l'histoire des deux générations de femme qui l'ont précédée. Elle commence en nous racontant l'histoire de sa grand-mère, Man'Yo, qui de simple enfant trouvée deviendra grande dame dans la noble famille de Benimidori. Nous sommes juste après la guerre et le Japon va entrer dans une phase de transition. Accompagnant le progrès industriel, le haut fourneau crache l'acier à pleine vitesse et fait vivre l'ensemble de la communauté. La modernité est là, et pour les femmes il faut trouver sa place entre tradition et envie de liberté. Man'Yo sera le témoin et l'élément clé de tout ce bouleversement. Deux générations de femmes la suivent, chacune ayant des choix importants à faire.

L'auteur met en parallèle l'évolution du statut de la femme et la transformation de la société japonaise. Au sein d'un Japon rural, parfois pétri de croyances magiques, le choc industriel est vécu comme un cataclysme. Les jeunes sont obligés de s'adapter et le fossé des générations se creusent. Si avant chacun connaissait sa place et ne pouvait s'y soustraire, aujourd'hui la liberté, durement acquise, a un prix : il faut assumer ses choix au risque parfois d'être perdu devant l'étendue des possibilités qui s'offrent. Les traditions autrefois si pesantes peuvent alors apparaitre comme un refuge, un cadre parfois guidant.


Avec ce roman, c'est la maladie de la société contemporaine qui est racontée : la nécessité de refuser l'adultère, la pression scolaire sur les jeunes, l'orientation sexuelle, le harcèlement, la délinquance. Des sujets intéressants mais quelques difficultés à entrer dans l'histoire et à comprendre où tout cela peu bien mener ont donné une lecture en demie-teinte.

Merci à Piranha et Babelio pour cette lecture dans le cadre de l'opération Masse Critique.
La légende des Akakuchiba, de Kazuki Sakuraba
Traduit par Jean-Louis de la Couronne
Éditions Piranha
Octobre 2017

13 octobre 2017

Fleurs #47


Fleurs achetées le 10/06/2017

11 octobre 2017

Corto Maltese tome 1 : la ballade de la mer salée [Hugo Pratt]

L'auteur : Né en Italie en juin 1927 et mort en Suisse en août 1995, Hugo Pratt est un auteur de bandes dessinées italien. Son œuvre la plus connue est bien sûre Corto Maltese dont voici le premier tome.

L'histoire : 1913, Océan Pacifique. À la veille de la Première Guerre mondiale, Corto Maltese s'associe au Moine, le mystérieux chef d'une bande de "pirates" avec laquelle, à partir de l'île cachée d'Escondida, il va écumer les mythiques mers du sud.

Mon avis : Première aventure du marin Corto Maltese, ce tome pose une ambiance comme on en trouve peu. À la fois désuète et mystérieuse. Des navires, des pirates, la Première guerre mondiale en fond historique, une île secrète. Cela fleure bon l'aventure et les péripéties. Et pourtant, le récit est très lent et il faut accepter de se laisser porter.

Ce qui m'a étonnée c'est que Corto, décrit partout comme un marin aventurier, est au final peu acteur des événements. Il est un des protagonistes de la longue histoire qui nous est contée et à une tendance à se laisser porter sans trop réagir, balloté d'une situation à une autre. Il ne construit pas ses aventures, il les subit. Personnages parmi d'autres, dont un moine, un fou aux tendances meurtrières, deux gamins en mal de sensation et des officiers de l'armée allemande ou britannique, il reste distancié et analyse intelligemment la situation.

Corto se distingue parce qu'il est peut être un des rares à ne pas être motivé uniquement par l'appât du gain. Chacun fait alliance au gré de ses intérêts, mais notre marin semble apporter de la valeur au mot "honneur". Il dégage une aura de mystère car on sait peut de choses de lui. Il est lucide et parfois cynique, plein d'humour et charmeur.

J'avoue ne pas avoir été convaincue par les dessins, assez moches et griffonnés, et ne retranscrivant pas la douceur et la beauté qu'on peut voir sur l'aquarelle de la couverture.

Le tout forme un album dans lequel j'ai été à deux doigts d'être emportée sans basculer complètement. J'ai été déstabilisée mais je vois bien la poésie qui se dégage de cette œuvre et l'ambiance si particulière a un charme qui en convaincra plus d'un. Je m'octroie le droit de retenter l'aventure à l'occasion pour me faire un avis plus ferme. 

Un mot également sur le format de cet album, loin des classiques 48 ou 56 pages. C'est un véritable voyage qu'on entreprend en commençant cette lecture. Ce récit a été publié en feuilletons en 1967 et 1969 et Pratt ne savait pas qu'il donnait là naissance à son plus grand personnage.
Corto Maltese : la ballade de la mer salée, d'Hugo Pratt - page 6

Corto Maltese tome 1 : la ballade de la mer salée, d'Hugo Pratt
Casterman
Avril 2015

09 octobre 2017

Le restaurant de l'amour retrouvé [Ito Ogawa]

L'auteur : Née en 1973 au Japon, Ito Ogawa est connue pour ses paroles de chansons et ses livres pour enfants. Le restaurant de l'amour retrouvé est son premier roman et a été adapté au cinéma.

L'histoire : Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d'un chagrin d'amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l'art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière.

Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur  en réveillant leurs émotions enfouis.

Mon avis : Vous aimez les bons petits plats mais n'êtes pas pour autant fan de littérature culinaire ? Ne fuyez pas, ce roman a tout de même tout ce qu'il faut pour vous plaire !

Après une déception amoureuse cruelle, puisque son petit ami l'a quittée sans explication et en emportant tout ce qui était dans l'appartement, Rinco va retourner chez sa mère vivre son rêve d'enfant : avoir son propre restaurant. C'est grâce à la cuisine qu'elle va renouer avec la vie, en mettant tellement d'amour dans ses préparations qu'elle change la vie de ses clients, comme une sorte de fée bienveillante.

On assiste bien sûr à l'élaboration des repas : menu, choix des ingrédients, cueillette parfois, préparation, cuisson, service. Tout cela fait qu'on déguste autant les mots que les mets. Mais surtout, c'est la galerie des personnages secondaires, dépeints avec délicatesse, qui est fascinante : chaque personnage qui franchit le seuil du restaurant raconte à Rinco son histoire et son drame intime qui le conduit ici : deuil infini, espoir d'un amour tout neuf, séparation d'avec un parent devenu gâteux, mariage arrangé... Elle arrive à tout simplifier par la subtilité de sa cuisine, elle pourtant qui entretient une relation plus que compliquée avec sa propre mère, faite de non-dits, qui ne se lèveront qu'à la toute fin.

C'est un roman feel-good à l'asiatique, plein de poésie et de bienveillance, cherchant dans chaque être humain le meilleur sans s'attarder sur les mauvais côtés, le tout sans aucune mièvrerie. Un roman qui apaise et invite à se laisser happer par la vie. Un grand merci à Loesha pour ce cadeau qui fut une très belle surprise.

"Mes souvenirs les plus chers, je les range bien à l'abri dans mon cœur, et je ferme la porte à clé. Pour que personne ne me les vole. Pour les empêcher de se faner à la lumière du soleil. pour éviter que les intempéries ne les abîment." (p°234)

Le restaurant de l'amour retrouvé, de Ito Ogawa
Traduit par Myriam Dartois-Ako
Éditions Philippe Piquier
Janvier 2015

06 octobre 2017

Valérian et la cité des mille planètes, de Luc Besson

Film français de Luc Besson, sorti le 26 juillet 2017, avec Dane DeHaan, Cara Delevingne et Clive Owen.

L'histoire : Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d'agents spatio-temporels chargés de maintenir l'ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha - une métropole en constante expansion où des espèces venues de l'univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d'Alpha, une force obscure qui menace l'existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l'avenir de l'univers. 

Mon avis :  C’est avec quelques craintes que je me suis dirigée vers la salle de cinéma pour voir ce film. Et après séance, il reste surtout le sentiment non pas d’un échec mais d’une déception : tout ça pour ça !

Visuellement, c’est incontestablement réussi. La séquence d’ouverture un poil niaise présentant le peuple des Pearls est bluffante, et ce n’est rien par rapport au moment passé dans le Big Market, marché invisible dans le désert, et qui n'apparaît aux touristes clients que lorsqu’ils chaussent des lunettes VR, les mondes se superposant les uns aux autres. Le spectateur en prend donc plein les yeux pendant les deux heures de ce spectacle. Par contre, on ne peut nier la faiblesse scénaristique et la piètre qualité des deux acteurs principaux.

Le couple de héros ne prend pas du tout. Dan DeHaan n’est pas crédible avec sa tête de gamin de 15 ans qu’on voudrait nous faire croire phobique de l’engagement. Cara Delevigne s’en sort un peu mieux mais sa moue perpétuellement boudeuse et renfrognée finit par être lassante. Leurs échanges sont dignes d’une cour d’école.

L’histoire manque de souffle alors que tous les éléments sont pourtant là. A aucun moment le spectateur n’a peur pour les personnages, ne s’inquiète de leur réussite ou de leur survie. Des touches d’humour et d’autodérision auraient alors pu faire passer la pilule en apportant un peu de légèreté mais là aussi, on est loin de ce que le réalisateur a pu nous proposer sur son Cinquième élément. Les répliques font systématiquement flop. Des personnages secondaires sont habilement introduits, comme le polymorphe, mais bien trop tôt sacrifiés pour qu’on puisse croire un instant à la détresse des survivants.

Ce film a couté une fortune et j’espère que Besson pourra rentrer dans ses frais. Il a incontestablement quelque chose à nous proposer, à la hauteur des folies hollywoodiennes. Mais les scenarii trop faiblards nuisent grandement à ses dernières réalisations.

04 octobre 2017

Joséphine Baker [ Catel et Bocquet]

Les auteurs : Catel, alias Catel Muller, née en août 1964 à Mulhouse, est une auteur de bandes dessinées et illustratrice française. C'est en tant qu'illustratrice d'ailleurs qu'elle collabore ici avec José-Louis Bocquet, né en août 1962, romancier, journaliste, éditeur et scénariste de bandes dessinées.

L'histoire : Joséphine Baker a 20 ans quand elle débarque à Paris en 1925. En une seule nuit, la petite danseuse américaine devient l'idole des Années Folles, fascinant Picasso, Cocteau, Le Corbusier ou Simenon. Dans le parfum de liberté des années 1930, Joséphine s'impose comme la première star noire à l'échelle mondiale, de Bueno Aires à Vienne, d'Alexandrie à Londres.

Après la guerre et son engagement dans le camp de la résistance française, Joséphine décide de se vouer à la lutte contre la ségrégation raciale. La preuve par l'exemple : au cours des années 1950, dans son Château des Milandes, elle adopte douze orphelins d'origines différentes, la tribu arc-en-ciel.

Elle chantera l'amour et la liberté jusqu'à son dernier souffle.

Mon avis : À la lecture de cette biographie en forme de roman graphique, je me suis rendue compte que je ne connaissais pas du tout Joséphine Baker (1906-1975). Comme beaucoup j’imagine, je n’avais en tête que l’image d’une star du Music Hall dansant à moitié nue avec des bananes en guise de jupe et faisant des grimaces. Autant vous dire que grâce à Catel et Bocquet j’ai découvert qu’elle était bien plus que cela.

Les auteurs commencent par sa naissance pour poser le contexte : la ségrégation qui pèse sur les noirs américains dans ce début de XXe siècle. C’est là que va se développer la personnalité si forte et si vive de Joséphine Baker, femme éprise de liberté, passionnée et passionnante, qui vivra milles aventures. Si elle était indubitablement utopiste, ses combats auront fait avancer les mentalités.

Le roman est découpé en chapitres assez courts abordant chacun une année, ce qui fait certes avancer rapidement l’histoire, sans temps mort, mais provoque de grosses ellipses parfois compliquées à raccrocher. On saute de moment clé en moment clé, sans avoir de vraie unité dans le récit, ce qui fait un peu retomber l’enthousiasme.

Les auteurs s’attardent aussi trop à mon goût sur les évocations des différents grands noms qu’elle a pu croiser, artistes, politiques et intellectuels, la faisant largement passer pour une croqueuse d’hommes qui se donnait à tous. Il faut attendre les derniers chapitres pour découvrir une Joséphine profondément attachée à la France au point de s’engager au côté des soldats pendant la Seconde guerre mondiale et la genèse de sa tribu arc-en-ciel. Et son amour du spectacle et de la scène, jusqu’au bout.
Planche page 10 Joséphine Baker, de Catel et Bocquet
Le dessin de Catel est étonnant, avec ces aplats noirs et blancs qui donnent de la profondeur et de vitalité aux situations. Le graphisme rend à merveille la vivacité du personnage.

Malgré quelques défauts, cet album est un excellent moyen de découvrir cette immense dame, à la fois artiste et femme engagée dans de nombreux combats. Un bel hommage !

Joséphine Baker, de Catel & Bocquet
Casterman écritures
Septembre 2016

02 octobre 2017

Méthode 15-33 [Shannon Kirk]

L'auteur : Avocate et professeur de droit, Shannon Kirk est une américaine qui écrit ici son premier roman.

L'histoire : Imaginez une jeune fille de seize ans, enceinte et vulnérable, que l’on jette dans une camionnette crasseuse. Vous la croyez terrifiée?

Bien au contraire, elle n’est pas comme les autres, elle ne ressent aucune empathie. Un handicap qui va devenir une force redoutable : méthodique et calculatrice, elle met au point un plan d’évasion où rien n’est laissé au hasard.

Dès les premières minutes de son enlèvement, elle se focalise avec calme et détermination sur deux choses : sauver l’enfant qu’elle porte et se venger. Sa volonté de fer et son ingéniosité seront ses meilleures armes contre la perversité de ses oppresseurs, et il ne lui restera alors plus qu’à attendre le moment idéal pour lancer son attaque.

Mon avis : Il était plus que temps que je rende à Loesha son livre ! Car c'est elle qui me l'avait prêté, après avoir apprécié sa lecture. La sortie en poche chez Folio et l'enthousiasme de Nelfe m'ont remis en tête ce prêt, je l'ai donc sorti de l'étagère. Est-ce parce que tout le monde criait au génie devant ce roman ? Ou parce que j’avais trop lu partout que l’adolescente kidnappée était plus machiavelique que son ravisseur ? Mais de mon côté, j’ai été déçue par cette lecture.

Il n’est pas question de ressentir de l’empathie pour Lisa Yyland à la lecture de ce roman, et c’est clairement assumé par l’auteur, qui lui donne les traits d’une sociopathe. Ici, on cherche plutôt à fasciner le lecteur devant l’esprit froid et calculateur de l’adolescente qui ne laisse rien passer, enregistrant tout ce qui pourrait lui servir dans son entreprise. Son désir de vengeance l’emmène loin. C'est ce personnage qui fait toute la différence dans ce roman. Mais je ne l'ai pas trouvé crédible.

Se pose forcément la question du vrai prédateur dans cette histoire. Sauf que dans le même genre, j’ai lu Alex de Pierre Lemaître. Et c’était sacrément d’un autre niveau. Parce que, malgré sa personnalité, Lisa est bien la victime, cela ne peut pas être discuté. Si elle retourne la situation grâce à ses facultés hors normes, rien ne serait arrivé sans son enlèvement initial. Et devant l'horreur de ce qui l'attend si elle ne fait rien, on comprend bien vite qu'elle a tout intérêt à faire quelque chose. Sa particularité l'emmène juste un peu plus loin que le commun des mortels dans l'action.

L’auteur dissèque les pensées et les raisons d’agir de son personnage principal. Elle alterne les points de vue de Lisa dans sa prison, revenant parfois sur les événements qui ont précédé, et ceux de l’inspecteur Liu qui mène une enquête sur l’enlèvement d’une jeune fille. Je fatigue un peu de ce type de construction, trop souvent utilisée désormais pour construire un pseudo effet de suspense. Sauf que c'est un instrument qui ne suffit pas en soi.

De plus, le personnage de l’inspecteur n’a pas une dimension suffisante dans l'histoire pour que les deux visions soient équilibrées. Lui et son hypermnésie n’apportent pas grand-chose et ne sont quasiment pas exploités. Il est sur la piste d’une jeune fille enlevée, dont le rapport avec Lisa est trop évident. Le recoupement des deux récits se fait tardivement et de façon trop scolaire à mon goût. L’adjointe de l’inspecteur Liu est un personnage bien plus intéressant mais aussi trop peu exploitée ce qui est bien dommage.

J’ai attendu longtemps un point de bascule dans le récit, qui n’est jamais arrivé. Exception peut-être des toutes dernières pages, dont la noirceur est cependant trop contrebalancée par les bons sentiments familiaux dégoulinants. Le reste est trop longuet à se mettre en place, égrenant les items que la jeune femme a à sa disposition pour s’échapper.


Méthode 15-33, de Shannon Kirk
Traduit par Laurent Barucq
Éditions Denoël
Février 2016

29 septembre 2017

Séries #8

Taboo



Considéré comme mort depuis des années, James Keziah Delaney refait surface à Londres en 1814, après 10 ans passés en Afrique. De retour en possession de diamants acquis illégalement et bien décidé à venger la mort de son père, il va refuser de vendre ce qu'il reste de l'héritage familial à la Compagnie britannique des Indes orientales et se mettre en tête de bâtir son propre empire de négoce et de transport. Mais James, qui va rapidement comprendre qu'il a de nombreux ennemis, va devoir naviguer bien des eaux troubles pour rester en vie et parvenir à ses fins. 

Si la compréhension globale du contexte prend du temps, le spectateur est en tout cas tout de suite plongée dans l'ambiance sombre et brumeuse d'une Londres au début du XIXe, sous le règne des luttes de pouvoir entre la puissante Compagnie des Indes, le prince régent futur George IV et les États-Unis par encore passés par la guerre de Sécession qui tentent de fixer leurs frontières. Tom Hardy est magistral en être mystérieux et animal, hanté par ses démons et qui lutte pour faire valoir ses droits sur un petit bout de terre. Par le créateur de Peaky blinders, j'aurais cependant peut être attendu un peu plus d'humour et moins de manichéisme.


Dix pour cent


Quatre agents de comédiens, aux personnalités hautes en couleur et aux vies personnelles compliquées, se battent au quotidien pour trouver les meilleurs rôles pour leurs prestigieux clients. Quand Camille, la fille illégitime de l'un d'entre eux, débarque à Paris pour chercher un boulot, cette dernière est alors plongée dans le quotidien mouvementé de l'agence et nous fait découvrir à travers son regard naïf les dessous de la célébrité...

Une première saison l'année dernière très réussie, qui fait la part belle dans chaque épisode à un ou deux comédiens jouant leur propre rôle. Parfait pour la dérision et l'humour. L'équilibre est bien trouvé également avec le drame que peut vivre chacun, acteur ou agent. Car derrière chaque situation comique se trouve souvent un sujet plus grave : racisme, discrimination, divorce, lien parents-enfants, vieillesse... Bien que mettant en lumière un monde du cinéma assez fermé, la série reste accessible au grand public totalement néophyte.  La deuxième saison qui s'est terminée le mois dernier sur France 2 se termine peut être un peu trop banalement à mon goût, il va falloir que les scénaristes redonnent un peu de pep's à tout ça. Mais le casting des différents agents de stars est vraiment savoureux, chacun dans son style, c'est un plaisir de les retrouver. C'est très sympathique, très réussi pour une série française.


13 reasons why


Inspirée des best-sellers de Jay Asher, 13 Reasons Why suit Clay Jensen, un adolescent qui découvre sous son porche au retour du lycée une mystérieuse boîte portant son nom. À l'intérieur, des cassettes enregistrées par Hannah Baker, une camarade de classe qui s'est tragiquement suicidée deux semaines auparavant. Les enregistrements révèlent que la jeune fille, dont il était amoureux, a décidé de mettre fin à ses jours pour treize raisons. Clay est-il l'une de ces raisons ?

J'avais vu passer le roman sur la blogosphère mais je craignais le côté trop adolescent. La série Netflix a eu beaucoup d'avis positifs, c'est ce qui m'aura fait sauter le pas et tenter l'aventure, sans trop en attendre. Quelle ne fut pas ma surprise d'être scotchée dès le premier épisode ! Avec justesse, l'histoire met en lumière le harcèlement et la difficulté de s'épanouir dans le milieu scolaire, ou tout le monde juge tout et tout le temps. Les réseaux sociaux deviennent alors une arme qui amplifie les dégâts causés. C'est le cœur même de l'expérience adolescente qui est ici décortiquée, dans un engrenage qui fait froid dans le dos, une succession de faits qui pour la plupart pris séparément ne sont rien, mais en s'accumulant font vivre un cauchemar à une jeune adolescente qui avait tout pour être heureuse. Sur ce sujet si difficile, la série aurait pu être un drame bourré de clichés, mais elle évite cet écueil avec talent tout en reprenant les éléments clés : les sportifs rois du lycée, le geek, le latino dans un gang, les pom-pom girls, le gentil décalé...

Dylan Minnette qui joue le personnage de Clay Jensen est parfait dans ce rôle à fleur de peau d'un ado qui essaie de comprendre l'incompréhensible et qui se débat entre pulsions et raison, porté par un désir de justice et de vérité. Il n'est d'ailleurs pas étranger à la décision d'Hannah car il manque de courage et préfère se taire. Les 13 cassettes laissées par la jeune fille seront l'occasion pour lui de s'affirmer.