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21 février 2018

BD Express #8

Yotsuba & tomes 1 à 4, de Kiyohiko Azuma
Éditions Kurakawa

L'histoire : Koiwai Yotsuba est une énergique petite fille de six ans, qui vient d'emménager en ville. Elle vit entourée de son père, qui ne cesse de lui faire des recommandations et de ses nouveaux voisins : la famille Ayase, avec trois filles plus âgées dénommées Ena, Fuuka et Asagi. Chaque volume raconte la vie quotidienne de Yotsuba dans ce nouvel environnement. Son inexpérience du milieu urbain et son jeune âge donnent lieu à de nombreux gags et un comique de situation souvent irrésistible.

Mon avis : C'est encore sur le conseil de Lelf que j'ai emprunté cette série à la bibliothèque. Cette petite fille est débordante d'énergie, au point parfois d'être fatigante, surtout à la lecture d'un tome entier. J'ai donc pris le parti de lire plutôt un chapitre de temps en temps, chacun relatant une saynète, et c'est ainsi que j'ai pu gouter plus agréablement toute la saveur et la fraîcheur de ce petit bout qui n'en manque pas une.

En découvrant le monde qui l'entoure, elle fait bourde sur bourde, souvent du fait d'une incompréhension de sa part et de l'interaction avec ses voisines. Mais elle sait aussi illuminer le quotidien de ceux qui l'entourent. Impossible de rester insensible quand elle est dans les parages. Elle a le don pour vous rappeler ce qui peut être important dans la vie et de profiter au maximum des petits riens qui peuvent faire le véritable bonheur.

Après, la petite ne grandit pas beaucoup sur les quatre tomes que j'ai lu et ses pitreries m'ont quelque peu lassée. Je ne suis pas du genre à m'émerveiller devant le moindre geste ou bon mot d'un enfant. Je n'ai donc pas été aussi réceptive et, si cette enfant a su parfois m'amuser, je n'ai pas non plus trouvé cela irrésistible.

Nana, tomes 1 à 3, de Ai Yazawa
Éditions Delcourt

L'histoire : La première est rêveuse, rigolote et sensible, mais « coeur d´artichaut », un brin capricieuse et loin d´être indépendante. La seconde est plus mature, déterminée, un peu mystérieuse mais peut être d´une froideur qui glace le dos. Toutes deux s´appellent « Nana », ont un attrait pour l´art et ont vécu en province. Toutes deux vont connaître l´Amour et décider de partir pour Tokyo.

Mon avis :   Nana est un shojo très populaire à côté duquel il est difficile de passé. J'ai donc tenté cette lecture en empruntant les trois premiers tomes à la bibliothèque. Malheureusement, je n'ai pas été convaincue. Ni par le dessin, très fin et maniéré, ni par l'histoire, avec la première Nana, frivole et larmoyante qui m'a particulièrement agacée. La deuxième Nana est bien plus intéressante mais trop peu exploitée dans ces trois tomes. Je ne doute pas que tout cela se développe largement par la suite. Il faut savoir que le premier tome aurait du être un one-shot mais, devant le succès rencontré par le magazine qui l'a publié, l'auteur en fit une série, qui compte aujourd'hui 22 tomes (arrêtée pour cause de problème de santé de l'auteur). De quoi faire donc. Mais ce sera sans moi, car je suis déjà lassée des clichés et de la niaiserie des situations.


Leçons coloniales, de  Azouz Begag et Djillali Defali
Éditions Delcourt

L'histoire : Début 1945, Algérie. Marie Delmas arrive de Métropole pour prendre son premier poste d'institutrice à Sétif. Chargée de promouvoir la scolarisation des enfants indigènes, elle éprouve des difficultés dans son projet d'école mixte. Sa route croisera celle de deux jeunes Algériens, Amor et Fatma, rêvant à leur avenir commun, même si le monde qu'ils ont toujours connu est sur le point de s'écrouler...

Mon avis :  Un regard qui aurait pu être éclairant sur les prémices de la guerre d'Algérie s'il était accompagné d'une remise en contexte préalable plus importante. D'autant que les sauts narratifs d'un personnage à l'autre n'aident pas à s'attacher à l'un deux, surtout sur un format aussi classique que ces 50 pages. Le scénario aurait donc fortement gagné à adopter un fil plus simple.

On voit peu les tirailleurs algériens, pourtant au côté des français dans le conflit mondial de cette seconde guerre. Le récit se concentre davantage sur le rendez-vous manqué de l'éducation de la jeunesse algérienne, entre une vision coloniale française et les traditions. Difficile de saisir pleinement ce qui se joue certaines fois. Même Marie, l'enseignante pleine d'idéaux, se retrouve empêtrée dans ces imbroglios politiques, dont sa famille est elle-même l'objet. Bref, c'est un peu trop fouillis et succinct pour atteindre pleinement son objectif pédagogique.

19 février 2018

Sizzling sixteen [Janet Evanovich]

Après quelques difficultés à me concentrer sur mes dernières lectures, j'ai opté pour une lecture doudou avec le 16e tome des aventures de Stephanie Plum, écrit par Janet Evanovich. Au début de l'année je terminais les between the novels avec Plum spooky et c'est avec plaisir que je me replonge dans l'univers de la pire chasseuse de primes.

L'histoire : Trenton, New Jersey, bounty hunter Stephanie Plum has inherited a "lucky" bottle from her Uncle Pip. Problem is, Uncle Pip didn't specify if the bottle brought good luck or bad luck...
Bad luck - Vinnie, of Vincent Plum Bail Bonds, has run up a gambling debt of $786 000 with mobster Bobby Sunflower and is being held until the cash can be produced.
Good luck - Being in the business of tracking down people, Stephanie, office manager Connie, and file clerk Lula have an advantage in finding Vinnie.
Bad luck - Finding a safe place to hide Vinnie turns out to be harder than raising $786 000. Not even local stoner Walter "Moon Man" Dunphy is up to the task.
Good luck - Between a bonds-office yard sale, Mooner's Hobbit-Con charity event, and Uncle Pip's lucky bottle, they just might raise enough money to save the business, and Vinnie, from ruin.
Bd luck - Saving Vincent Plum Bail Bonds means Stephanie can keep her job as a bounty hunter - and keep hunting down a man wanted for polygamy, a turnpike toilet-paper bandid, and a drug dealer with a pet alligator named Mr. Jingles.
Good luck - Being a bounty hunter comes with its perks, namely Trenton's hottest cop, Joe Morelli, and the dark and dangerous security expert, Ranger. With any luck at all, Uncle Pip's lucky bottle will have Stephanie getting lucky - the only question is... with whom ?

Mon avis : Les aventures de Stephanie Plum se suivent, se ressemblent parfois, mais restent toujours un très bon moment de lecture dont je ne me lasse pas. Cette fois-ci, notre atroce chasseuse de prime est au prise avec un enchevêtrement de vrais gros méchants de la mafia par l'entremise de son cousin Vinnie. Cela risque de remettre en cause l'existence de l'agence de recouvrement, et donc le travail de Stephanie. Impossible pour elle qui a déjà du mal à payer ses factures et remplir son frigo ! Il faut donc absolument démêler ce sac de noeuds, toujours avec l'aide de Joe Morelli et de Ranger.

Entre les deux, son cœur balance toujours. Ça fait maintenant un petit moment que ça dure et je suis partagée entre le plaisir que je prends aux situations cocasses que cela provoque et l'envie qu'elle se décide enfin. Le risque étant, comme souvent dans ce genre d'histoire, que si elle choisit la série n'ait plus grand intérêt. Bref, pour l'instant, pas de décision, mais toujours la kyrielle de personnages secondaires savoureux.

Je continue de déguster les épisodes, de temps en temps, comme l'héroïne déguste ses donuts. Et j'apprécie.

Sizzling sixteen, de Janet Evanovich
St Martin's Paperbacks
Juillet 2011

16 février 2018

Le Panthéon

Le Panthéon est situé au cœur de Paris, dans le 5e arrondissement, sur la montagne Sainte Geneviève. Devant lui, la rue Soufflot dresse sa perspective jusqu'au jardin du Luxembourg.

Vue sur le Panthéon depuis la rue Soufflot

Fronton du Panthéon
L'édifice est en forme de croix grecque, c'est-à-dire que les branches ont la même longueur et se croisent en leur milieu. Il est couronné par un dôme, lui-même surmonté d'un lanterneau. Ce qu'on ne peut pas voir en tant que visiteur, c'est que la coupole est triple : à l'extérieur le dôme et à l'intérieur la coupole à caissons, mais on ne voit pas entre les deux celle en forme de demi-œuf qui soutient la lanterne de pierre et permet la circulation de la lumière.

Coupe du dôme du Panthéon de Paris - source : Pierre Chabat, Dictionnaire des termes employés dans la construction, Ve A. Morel et Cie, Paris, 1881

Coupole du Panthéon

La crypte est impressionnante en taille parce qu'elle couvre toute la surface de l'édifice. Elle est donc elle aussi en forme de croix. Il y encore beaucoup de place pour mettre des grands hommes et femmes auxquels la Nation voudrait rendre hommage : il y a une capacité de 300 places et seulement 73 hôtes actuellement.

Crypte du Panthéon

Ici repose le cœur de Gambetta, au Panthéon

Hommage de la Nation aux Justes de France

Hommage à la mémoire des martyrs de la Révolution tombés en 1830 et 1848 pour la défense de leurs idéaux

Tombe de Jean Lannes, duc de Montebello, maréchal d'Empire

Tombe de Victor Hugo

Tombe de Voltaire


Tombe de Jean-Jacques Rousseau
Ce qui frappe le visiteur c'est ce mélange entre édifice religieux et laïc. Il faut dire que la décision de cette construction fut prise par Louis XV qui, en 1744, avait fait vœu, en cas de guérison, de consacrer à Geneviève un édifice prestigieux. Il en confia la réalisation à l'architecte Soufflot en 1755. C'est le collaborateur de celui-ci, Rondelet, qui l'achèvera en 1790. Et pleine Révolution française ! Du coup, en 1791, le monument est transformé en Panthéon national par la Constituante qui cherche un lieu pour recevoir le corps de Mirabeau. On y transfèrera ensuite Voltaire en 1794, puis Rousseau, Marat... Certains seront retirés, en fonction des courants politiques qui traversent la France. Le Panthéon retrouvera par deux fois son rôle d'église avant d'être définitivement réinvesti dans son rôle civique lors des funérailles de Victor Hugo en 1885. Une liste complète des personnes inhumées au Panthéon est disponible ici.

La Convention nationale, réalisée par Sicard vers 1924. Cette statue présente Marianne entourée des soldats de l'An II et de célèbres députés révolutionnaires.

Le cycle de la vie de Sainte Geneviève se déroule sur les murs de la nef et a été réalisé par Puvis de Chavannes et Jean-Paul Laurens.

La maquette de Rondelet permet de se rendre compte de la construction, notamment les trois calottes formant le dôme et la croix qui le domine.

Le pendule de Foucault - En 1851, Léon Foucault reçoit l'autorisation du pince-président Louis-Napoléon Bonaparte d'utiliser le dôme du Panthéon afin d'y installer un pendule et montrer que la Terre tourne sur elle-même. Une boule de laiton de 17cm de diamètre et 28kg est suspendu à travers l'ouverture de la coupole.

Les deux cohabitent étrangement : c'est harmonieux mais assez froid je trouve.  Le bâtiment ne présente aucun signe religieux, le fronton accueille un motif républicain. Les murs de la nef racontent la vie de Sainte Geneviève en mettant en avant les notions de sacrifice de soi pour la patrie, de résistance à l'envahisseur, bref des messages politiques. Il faut un sacré bagage culturel pour tout comprendre, ou alors prendre l'option visite guidée, que je conseille fortement.

Informations utiles :
Ouvert tous les jours, 
sauf les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
de 10h à 18h

Panthéon
Place du Panthéon
75005 PARIS

Tel : 01.44.32.18.00

Tarif : de 7 à 9€

14 février 2018

La horde du contrevent tome 1 : le cosmos est mon campement [Eric Henninot]

L'auteur : Né en décembre 1974, Eric Henninot est un dessinateur français de bande dessinée. Mais cette fois il se lance également dans l'adaptation en signant le scénario de cet album, basé sur le fabuleux roman d'Alain Damasio.

L'histoire : Personne ne vous dira dans la Horde qu'il aime le vent. Personne ne vous dira le contraire non plus. J'adorais pourtant cette sensation d'homme debout, de lame de chair encore droite sur ce monde horizontalisé. Ce rêve têtu, de la plus haute crétinerie, cette chimère d'atteindre un jour l'Extrême-Amont.

La fin de la terre... le début de quoi ?

Mon avis : Eric Henninot s’est attaqué à un monstre : l’adaptation en bande dessinée du célèbre roman d’Alain Damasio La horde du contrevent. Ce roman, ça a été pour moi une claque. Je lis peu de SF et Fantasy, mais quand j’en lis, en général c’est du très très bon qui produit un fort effet sur moi. Ma première incursion dans le genre fut Hypérion et Endymion de Dan Simmons alors, forcément, la barre est haute. Bref, pour revenir à nos moutons, l’adaptation de ce roman a été le sujet de beaucoup de projets avortés, dont le plus connu reste WindWalkers visant à le décliner sur trois supports complémentaires mais qui n’a pas trouvé les financements nécessaires. Visuellement, il promettait beaucoup pourtant.

L’adaptation de Henninot est celle d’un format franco-belge et devrait s’étendre sur cinq tomes. Ici nous avons donc le premier. La première difficulté figure dans la représentation d'un monde de vents tous très différents, de la petite brise à la tornade en passant par la bourrasque. Parce que le vent, c'est invisible, c'est de l'air. Là-dessus, Henninot s’en sort magnifiquement, même si je ne suis pas fan de son trait et du choix des couleurs (travail de Gaétan Georges). Rien à dire par contre sur la composition et les cadrages qui sont justes. Il réussit à donner corps à cette horde et à sa quête effrénée, même si les personnages sont assez peu présentés et utilisés je trouve, à l’exception des quelques emblématiques. Mais on retrouve la construction d'un pack avec des individualités qu'il est compliqué d'unir.

Ensuite, bien sûr, c’est la poésie qui se dégage de la plume de Damasio qui est difficile à adapter. Et là, je trouve le défi bien moins relevé. Les dialogues ne se prêtent guère à cet exercice et c’est le dessin et les couleurs qui auraient pu prendre le relai. Mais comme je n’y adhère pas, ça fait flop pour moi.

Et puis, il y a ce qui est passé sous silence, toutes ces petites spécificités qui font le charme du roman bien au-delà de l’histoire elle-même. La pagination, la ponctuation, l’incipit, la prise de parole des différents personnages (Exit la polyphonie, on ne garde que la voix de Sov, le scribe)… Toutes ces choses sont absentes de la bande dessinée car inadaptables bien sûr. La grille de lecture est donnée alors que dans le roman elle se mérite, apportant par là sa part de satisfaction au lecteur. La trame est forcément simplifiée et moins subtile et diffuse, même si l’auteur sait en garder l’essentiel et le plus pertinent.


Je pense que le problème vient surtout de la façon dont j’ai abordé cet album, en le comparant avec le roman. Il faut je pense le voir davantage comme un complément au monde créé par Damasio, une autre vision de l’histoire pour lui donner toute sa chance. C’est avant tout une porte d’entrée pour tous ceux qui auraient pu être rebutés par les premières pages du roman, ardues il faut bien le dire. Le choix de l’entrée en matière, qui diffère du roman, est alors parfait, en prenant comme point d’entrée la sortie de cette 34e horde. Il s’agit alors d'un travail d'interprétation bien mené. Et si je n’ai pas réussi à donner toute sa chance à se premier tome, je n’en compte pas moins continuer à découvrir le travail de Henninot dans les prochains, en les abordant différemment.


La horde du contrevent tome 1 : le cosmos est mon campement, d'Eric Henninot
Éditions Delcourt
Octobre 2017

12 février 2018

Vango, tome 2 : un prince sans royaume [Timothée de Fombelle]

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai découvert l'année dernière la plume de Timothée de Fombelle avec le premier tome de Vango. Qu'il fut long d'attendre la sortie chez Folio du second tome pour connaître le fin mot de l'histoire !

L'histoire : Vango a grandi et c’est sur les buildings de New York que nous le retrouvons en 1936. Mais sa fuite ne connaît pas de trêve. Sur fond de Seconde Guerre mondiale, Vango, toujours traqué, va apprendre le secret de sa naissance. Découvrira-t-il l’assassin de ses parents? L'amour d’Ethel survivra-t-il à tant de tempêtes? De Moscou aux forêts du Caucase en passant par un monastère vendéen, Paris ou encore l’Écosse, ce second volume achève en beauté la saga de Vango.

Mon avis : Il m'aura fallu relire le premier tome pour pleinement profiter de ce second et dernier volet des aventures de Vango. Mais quel bonheur ! Quel bonheur de retrouver ces personnages que j'ai tant aimé, ni héros, ni perdu, mais qui se cherchent un avenir. Quel bonheur de retrouver la plume de Timothée de Fombelle si pleine de poésie pour décrire les tourments de l'âme, la difficulté du choix, l'importance du lien familial, le désir de vengeance.

J'ai particulièrement aimé les aspects historiques sur lesquels s'appuie l'auteur pour construire un univers cohérent et réaliste. Notamment tout ce qui se rattache aux zeppelins. Mais Timothée de Fombelle sait aussi se servir de son imagination folle pour donner un rythme trépidant à son roman. Il sait aussi très bien raconter les aventures qui occupent ses personnages et les baladent de la Russie, en passant par les îles éoliennes, l'Allemagne nazie, la France, l'Écosse, jusqu'à traverser l'Atlantique et aller à New York. Chacun se croisent, et leurs actions ont des répercussions à l'autre bout du monde, illustration parfaite de l'effet papillon.

On quitte cet univers avec un peu de tristesse mais aussi un vrai sentiment de plaisir face à cette histoire. J'ai retrouvé mon âme d'enfant, exactement comme lorsque je lisais ses grands romans d'aventure qui marque dans une vie de lecteur. Un grand merci, Timothée de Fombelle, pour ce moment et une lecture que je recommande plus que chaudement !

"Tous les chagrins sont méprisants, imprenables, perchés à des hauteurs que personne ne peut rejoindre. Peut-être a-t-on trop peur qu'une consolation efface ce qu'il reste des souvenirs."

Vango, tome 2 : un prince sans royaume, de Timothée de Fombelle
Éditions Folio
Août 2017

09 février 2018

Séries #9


The night of


Au lendemain d'une virée nocturne bien arrosée, le jeune Naz, d'origine Pakistanaise, se réveille aux côtés d'une jeune femme baignant dans son sang. Cette dernière a été poignardée et il ne se souvient de rien. Inculpé pour ce meurtre, il est désormais prisonnier du système judiciaire où, parfois, la vérité passe au second plan. Un avocat bon marché mais tenace se propose de l'aider.

Remake américain d'une série britannique de 2008 que je n'ai pas vue, The night of est pour autant une très bonne surprise. Un format court (8 épisodes) parfait pour faire monter la tension sans lasser le téléspectateur, tout en mélangeant habilement les genres : enquête policière, saga judiciaire, thriller psychologique, documentaire sur la survie dans l'univers carcéral, chronique sur le racisme dont souffrent encore les musulmans à New York après le 11 septembre 2001... Des acteurs géniaux, dont je ne citerai que l'épatant John Tuturro, avocat de Nasir Khan (joué par Riz Ahmed, excellent lui aussi) et dévoré par un eczéma plantaire qui fait sourire mais qui n'est que le miroir de ce que vit son client à Rikers.  Chacun a sa moralité, ses raisons d'agir. Tous sont des personnages attachants bien qu'ambigus et qu'on ne comprendra pas toujours. Tous sont des personnages banals au possible dont le quotidien est chamboulé par un événement. On en comprendra l'origine qu'à la toute fin, après avoir douté passablement. Une excellente série que je conseille fortement !


The leftovers


Du jour au lendemain, un 14 octobre en apparence ordinaire, 2% de la population disparaît mystérieusement de la surface de la terre. Ces gens, de tout âge, se sont évanouis dans la nature, sans explication, laissant leurs proches dans l'angoisse, voire le désespoir.

Trois ans plus tard, la vie a repris son cours dans la bourgade de Mapleton, une petit ville près de New York, mais rien n'est plus comme avant. Personne n'a oublié ce qui s'est passé, ni ceux qui ont disparu. A l'approche des cérémonies de commémoration, le chef de la police locale, Kevin Garvey, est en état d'alerte maximale : des affrontements dangereux se préparent entre la population et un groupuscule comparable à une secte...

Il faut plusieurs épisodes pour comprendre ce qui nous est ici proposé et les relations entre les différents personnages. Relations qui seront malmenées. J'ai trouvé qu'après un début intéressant, la série tournait en rond sur des thèmes classiques, l'amour et la perte, mais dont il y avait une belle matière. Beaucoup d'éléments sont posés sans qu'ils soient expliqués, frustrant énormément le spectateur : Pourquoi les membres de la secte s'habillent-ils en blanc ? Pourquoi fument-ils ? Que cherche Dwayne ? Pourquoi des asiatiques ? La litanie des pourquoi est encore longue à la fin de la première saison et quand on prend du recul on se rend compte qu'absolument rien n'a été expliqué. Les personnages ne sont pas très attachants non plus ce qui fait qu'on suit les épisodes en espérant des explications qui ne viendront jamais. Pas de quoi m'entrainer pour voir la deuxième saison.


American gods



Un homme sortant de prison rencontre un vieil escroc qui l'embauche comme garde du corps, et l'entraîne dans un long périple à travers les États-Unis. L'ex-détenu découvrira alors que son "patron" est un ancien dieu nordique en plein combat contre les divinités modernes : Internet, les voitures, la télévision, et tous les nouveaux médias.

Des concepts intéressants à développer, une esthétique qui scotche, des personnages magnétiques et très bien joués par de bons acteurs. Et pourtant, je n'ai pas accroché. Ça traine en longueur, ça se perd dans du psychédélique et on finit par être embarqué sans vraiment savoir ce qu'on regarde et qu'elle est l'histoire, si réellement il y en a une. Car c'est bien ça le défaut principal : le scénario est faiblard. Bref, ce sera sans moi pour la suite.

07 février 2018

Dans la combi de Thomas Pesquet [Marion Montaigne]

Le nouvel opus tant attendu de Marion Montaigne, après le succès rencontré par Tu mourras moins bête !

L'histoire : Haaa, astronaute ! Si ça, c'est pas un métier qui épate la galerie ! Que l'on rêve d'en être un ou que l'on fasse une poussée d'eczéma rien qu'en voyant une fusée décoller à la télé, nous aurions tous mille question à poser à un astronaute.

Pourquoi lui ? Comment se prépare-t-il ? A-t-il peur ? Qu'en pense sa famille ? Pourquoi fait-il ça ? En a-t-il l'étoffe ?

À travers les sept ans d'entraînement de Thomas Pesquet, venez, entrez dans le monde de ces hommes et de ces femmes dont le bureau est une station spatiale.

Mon avis : C'est avec plaisir qu'on retrouve Marion Montaigne aux commandes d'un album, cette fois dédié à l'aventure qu'a vécu Thomas Pesquet. Elle reprend la genèse de celle-ci en partant de ses envies d'enfant, ses rêves d'étoiles qui peuvent si souvent paraître inaccessibles. Puis viennent les études, la candidature, les épreuves de sélection, l'attente du résultat, la longue préparation qu'un rien peut mettre en péril, le décollage et les missions à bord de l'ISS, le retour sur Terre et la suite des expérimentations sur son corps cette fois, et l'envie de repartir.

L'auteur n'oublie pas les personnes qui gravitent autour de notre astronaute national : sa compagne, sa famille, qui s'inquiètent et apprennent eux aussi à s'organiser. Elle sait aussi comme personne rappeler que, même si Thomas est un homme admirable à bien des égards, il reste un être humain avant tout. Bien sûr, on est dans l'archétype de l'astronaute et certains aspects plus personnels ne sont pas toujours véridiques, on le sent bien. Mais qu'importe, cela brode un portrait savoureux.

Le dessin si particulier et reconnaissable de Marion Montaigne participe beaucoup à la réussite de cet album car il permet de se plonger au cœur de l'action, avec son style très "croquis".

C'est bourré d'info et d'anecdotes dont je ne retiendrais pas le quart mais j'ai adoré découvrir autant de choses, et souvent me faire la réflexion "han mais oui, c'est sûr dans l'espace ça ne peut pas fonctionner comme sur Terre !" C'est accessible sans être simpliste et toujours bourré d'humour. Et un bel hommage à tous ces aventuriers de l'espace. Bref, je recommande fortement !

Décollage du Soyouz, Planche de Dans la combi de Thomas Pesquet de Marion Montaigne
Dans la combi de Thomas Pesquet, de Marion Montaigne
Éditions Dargaud
Novembre 2017

05 février 2018

Juste après la vague [Sandrine Collette]

L'auteur : Sandrine Collette est une romancière française née en 1970 à Paris. Elle s'est fait remarqué en 2013 avec son premier roman Des nœuds d'acier.

L'histoire : Une petite barque, seule sur l'océan en furie. Trois enfants isolés sur une île mangée par les flots. Un combat inouï pour la survie d'une famille.

Il y a six jours, un volcan s'est effondré dans l'océan, soulevant une vague titanesque, et le monde a disparu autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. Alentour, à perte de vue, il n'y a plus qu'une étendue d'eau argentée. Une eau secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Depuis six jours, ils espèrent voir arriver des secours, car la nourriture se raréfie. Seuls les débris et des corps gonflés approchent de leur île. Et l'eau commence à monter. Les parents comprennent qu'il faut partir vers les hautes terres, là où ils trouveront de l'aide. Mais sur leur barque, il n'y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants.

Mon avis : Qu'on se le dise tout de suite, le cœur du roman n'est pas le choix impossible des enfants qui doivent embarquer. Celui-ci est plié assez rapidement. Non, le propos est celui de la déchirure induite par ce choix : comment vivre avec, des deux côtés ? Une famille, c'est un tissu qui unit chacune de ses entités au-delà des sentiments et des mots, un refuge absolu. Mais ce refuge vole en éclats. Et puis, il est également question de résilience même si la fin ne dit pas tout. En tout cas la question de l'après est forcément posée : comment supporter ensuite, plus tard, les conséquences du choix qui a été fait ?

Les choix compliqués et inextricables, les personnages de Sandrine Collette sont amenés à en faire beaucoup ici : partir ou attendre, manger ou jeûner, tuer ou être tué, mentir ou dire la vérité... Chacun à sa manière, en n'en comprenant pas toujours les implications, les personnages de ce roman prennent donc des décisions et orientent leur destin et celui de ceux qui les suivent. Si le début m'a paru assez longuet, la deuxième moitié est plus anxiogène : la mer monte inexorablement, les décisions deviennent urgentes. Mais comment ? La barque finit par partir, en laissant trois sur l'île. À partir de là, nous allons suivre d'un côté la situation des trois restés sur l'île, et celles des autres dans la barque qui prend la direction des terres hautes. Il faut faire face à la surprise, la douleur et la colère, l'incompréhension, la lancinante question "Pourquoi ?" qui n'a pas forcément de réponse intelligible. L'apprentissage se fait dans la douleur. Et l'espoir doit rester chevillé au corps. Le lecteur avec eux se prend à croire et à espérer une fin heureuse, malgré tous les aléas.


Si vous aviez des envies de balades en mer, ce roman risque de vous vacciner pour un certain temps de l'eau salée. Et en plus, avec les inondations et crues que nous connaissons actuellement, je peux vous dire que ce roman a pris une ampleur inattendue et trouvé un écho d'autant plus angoissant !

"Alors ils guettèrent les progrès de la mer. Le neuvième jour, le gros caillou du bas du jardin disparut. Le dixième jour, les vingt-huit poules et le coq qui avaient survécu au raz-de-marée s'éveillèrent les pattes dans l'eau, le poulailler inondé. Louie leur ouvrit la porte, les laissant s'égailler sur l'île ; de toute façon, les renards avaient crevé depuis belle lurette.
Le onzième jour, le temps se mit à changer. La chaleur du mois d'août céda au cours d'un orage, il faisait une touffeur écrasante. Aussi quand ils virent les éclairs arriver, quand le tonnerre roula au fond de l'horizon avec des craquements sinistres, les enfants crièrent de joie. Louis et Perrine cependant se regardèrent en coin, et regardèrent le père, qui humait l'air.
- Ils sont jaunes les nuages, dit Louie.
Pata répondit : Je sais - et les deux petiots comprirent qu'ils devaient se taire, que le ciel était anormalement chargé et les nuages d'un ocre menaçant, les choses n'allaient pas comme il aurait fallu." (p°20)

Juste après la vague, de Sandrine Collette
Éditions Denoël
Janvier 2018